Quelle copropriété dans 25 ans ?

Partant du présent en 2018, six débatteurs ont partagé leur vision du futur de la copropriété et ce, suivant leurs domaines de compétences respectifs durant la conférence "Quelle copropriété dans 25 ans ?". Ils ont évoqué les perspectives envisageables, leurs espérances et parfois leurs craintes. 

Ainsi dans 25 ans soit en 2043, de grandes transformations auront eu lieu liées tant à l’environnement qu’au changement radical de notre mode de vie. Tous les intervenants du débat se sont accordés à dire que la copropriété sera toujours présente et qu’elle deviendra un acteur urbain essentiel dans le domaine du logement et du mieux vivre ensemble.

Quatre axes principaux ayant un impact sur la future copropriété ont émergé lors de cette discussion.

La révolution numérique et technologique qui touche actuellement la copropriété

En effet, à ce jour, le domaine de la copropriété n’en est qu’aux balbutiements de l’intégration des nouvelles technologies. Ainsi dans 25 ans, la copropriété pourrait être entièrement pilotée à distance grâce à des tableaux de bord numériques. Les différents matériels des immeubles intégreront des capteurs informant en temps réel du bon fonctionnement des équipements. Ceux-ci permettront d’alerter en cas de panne et de vérifier les consommations en temps réel. Ces installations pourraient même s’autoréparer.

Les données collectées pourront être conservées par chaque résidence et non plus par leur syndic. Il y aurait donc un véritable carnet d’entretien numérique en temps réel. Celui-ci permettant en cas de changement de syndic ou de mutation, que les données restent toujours en possession de la copropriété pour être disponibles directement sans intermédiaire.

Cependant, pour arriver à ce stade de maturation des outils numériques, il sera nécessaire de bien les comprendre et de bien les intégrer par pallier. Il est indispensable de prendre du recul sur la technologie.
Si toutes ces nouveautés sont mises en place et fonctionnent, le rôle du syndic évoluera également.

Le nouveau rôle du syndic et des copropriétaires

Dans ce futur hypothétique, le gestionnaire de copropriété aura plus de temps pour conduire des plans stratégiques et par conséquent, traiter les questions de valorisation de patrimoine. Le syndic deviendra un porteur de projets. Il proposera de nouveaux services et par exemple, deviendra une centrale d’achat afin de mieux rationaliser le montant des charges. Il pourrait même, à terme, devenir le support des politiques gouvernementales de logement.

Les copropriétaires, plus confiants dans leurs relations avec le syndic, seront certainement amenés à effectuer de la cogestion grâce à la dématérialisation des données et aux votes par procuration. Les assemblées générales devront rester en présentiel afin de conserver un lieu de partage et d’échange.

Les changements climatiques, préoccupations centrales dans l’avenir, impacteront structurellement notre confort de vie et notre mode de consommation

En effet, la raréfaction des énergies fossiles, les nouveautés technologiques, les matériaux économes seront désormais des éléments clés révolutionnant les normes de la construction immobilière.

C'est pourquoi les impératifs énergétiques  et de durabilité se retrouvent tant dans les nouvelles constructions que dans la rénovation du patrimoine obsolète et ce, grâce notamment à de nouveaux matériaux plus performants. Il est important de susciter de la fierté auprès des copropriétaires de vivre ensemble, dans un endroit moderne et design qu’ils auront envie d’entretenir et ainsi de pérenniser.

Un nouveau besoin de lien social devrait à apparaitre entre les copropriétaires qui seront plus solidaires

Il est plausible d'envisager le rétablissement des gardiens et des concierges au sein des immeubles, avec de nouvelles relations entre les collaborateurs du syndic et le personnel de l’immeuble, générant une capacité à fédérer les copropriétaires pour l’intérêt général de l’immeuble et des parties communes.

Les copropriétaires doivent se réapproprier les parties communes pour valoriser leur bien commun. Les occupants seront en effet des acteurs plus cohérents pour l’avenir car l’augmentation de la durée de vie nécessitera l’adaptation des espaces avec plus de mise en commun, plus de mobilité et d’adaptation à la mobilité. Replacer l’humain au coeur de l’immeuble, afin de lutter contre l’indifférence actuelle entre les copropriétaires, et que les logements ne soient pas uniquement la juxtaposition d’appartements individuels, développer une vraie entraide, tels sont les espoirs pour la copropriété de demain.

De même, il est possible d'imaginer de futurs bâtiments intergénérationnels dans lesquels les personnes âgées loueront une chambre à un jeune de moins de trente ans. Il y aurait également des bâtiments à logements évolutifs permettant à toutes les générations de cohabiter. La conception du logement sera en adéquation avec l’évolution de la famille.

Certains experts prévoient une augmentation du nombre de copropriétés, et surtout de « foyers-logements » grâce à la restructuration des immeubles de bureaux en petits logements pour les personnes seules ou les familles monoparentale.

Avec les avancées proposées par la loi ELAN et la densification de la population dans les agglomérations, il est évident que la copropriété est déjà en pleine mutation et en plein essor. Les Architectes vont être de plus en plus nombreux à s’intéresser au marché de la rénovation énergétique en copropriété.

Le contrat intergénérationnel devrait permettre de recréer du lien social et les nouvelles technologies permettront aux gestionnaires de copropriété de devenir de véritables consultants. La copropriété a donc de beaux jours devant elle mais du travail pour s’y adapter.

Conférence : "Quelle copropriété dans 25 ans" – animée par Monsieur Henry BUZY-CAZAUX, président de l’IMSI.

Intervenants :

  • Madame Danielle DUBRAC, membre du bureau exécutif de l’UNIS et gestionnaire de copropriété,
  • Madame Aude HAMON, Directrice des opérations et fondateur de la startup CHOUETTECOPRO,
  • Monsieur Fabien GANTOIS, vice-président de l’Ordre des architectes d’Ile-de-France,
  • Monsieur Atanase PERIFAN, président fondateur de la Fête des Voisins,
  • Monsieur Jean-Marc TORROLLION, président de la FNAIM et gestionnaire de copropriété,
  • Monsieur Alain TRIPIER, économiste et sociologue du logement, président de SEREHO