Rénovation & Energie

Parole d'expert : Henry Buzy-Cazaux, président fondateur de l'IMSI

Publié le par Anne-Laure Battistelli - mis à jour le

Henry Buzy-Cazaux a inspiré la création du Chantier Copropriété du Plan Bâtiment Durable en 2007 et en a été le premier président.

Salon de la Copropriété - Henry Buzy-Cazaux

Presque dix ans plus tard, quel regard portez-vous sur le travail accompli ?

J'ai en effet éclairé la réflexion de Philippe Pelletier, après sa première nomination à la tête du Plan Bâtiment, en identifiant avec lui que la copropriété était un univers à part entière, régi par des logiques et des codes spécifiques, qui méritait un Chantier distinct. Certes, les problématiques du logement existant ou celles du tertiaire s'y retrouvent, mais les modes de décision collective et l'hétérogénéité des copropriétaires en font un monde à part. Ce qui est singulier aussi, c'est la complexité de l'écosystème :

  • les copropriétaires sont acteurs, pour autant leurs représentants au sein du Conseil syndical ont un rôle majeur
  • le syndic, simple pouvoir exécutif aux termes de la loi, est bien plus que cela
  • et les entreprises fournisseurs conditionnent véritablement la qualité de la vie dans l'immeuble.

D'ailleurs, Philippe Pelletier avait voulu que les deux parties prenantes essentielles, copropriétaires et professionnels de la gestion, pilotent le chantier, que je coprésidais en fait avec le responsable d'une association de consommateurs. A cet égard, le Chantier Copropriété était une exception.

Le travail accompli en presque dix ans est considérable. On est passé d'une hostilité -je pèse mes mots- collective des parties concernées, professionnels et habitants, à une indifférence attentive et enfin à une adhésion de principe. La première victoire du Plan Bâtiment est culturelle. Ensuite, le Chantier Copropriété a influencé efficacement la décision publique : des aides puissantes ont vu le jour successivement et les évolutions réglementaires nécessaires pour aller plus vite et plus facilement vers la transition énergétique ont été aménagées, en particulier dans la loi ALUR. Enfin, le Chantier a responsabilisé les acteurs. En clair, on a compris que le développement durable était une volonté, que l'Etat ou les collectivités pouvaient accompagner, mais qu'il y fallait un élan collectif et engagé.

  

Quels ont été les apports de la loi ALUR, que vous venez d'évoquer, dans ce domaine ?

Ces apports sont indéniables et audacieux :

  • La loi ALUR a abaissé les majorités de vote pour simplifier les décisions de travaux.
  • Elle a rendu obligatoire la constitution d'un fonds travaux abondé par au moins 5% du budget annuel de la copropriété, en attachant au lot cette épargne forcée.
  • Elle a institué un diagnostic global de l'immeuble, pour lequel on attend avec impatience le décret d'application.
  • Elle a aussi créé le plan pluriannuel de travaux, outil de programmation des améliorations techniques de l'immeuble.
  • En outre, l'obligation d'immatriculer les copropriétés, mesure qui semble seulement tracassière et inutile, va permettre à l'État et aux collectivités de connaître le patrimoine collectif pour aider à sa rénovation énergétique. 

  

Vous êtes président de l'Institut du Management des Services Immobiliers. Comment les jeunes que vous formez voient-ils aujourd'hui la prise en compte de la transition énergétique dans leur futur métier ? Quelle valeur ajoutée vont-ils apporter dans sa mise en œuvre ?

Ce que je vois chez les futurs professionnels de la gestion et de la transaction que forme l'IMSI me ravit et m'affecte un peu... Je mesure en les voyant que j'appartiens à la génération antérieure, alors qu'à force de vivre au milieu d'eux je l'avais oublié ! Mais cette génération est plus vertueuse que la mienne et elle a une pleine conscience des enjeux de la transition énergétique.

Aucun état d'âme chez eux, alors que nous nous posons mille questions et que nous objectons à tout pour ne pas foncer. Oui, il y a des embarras liés au financement des travaux et les copropriétaires rencontrent des problèmes budgétaires inédits. Oui, il est délicat de discerner les travaux nécessaires des autres. Oui, il est difficile de choisir les entreprises compétentes. Pour autant, il faut avancer vers la modernisation et la valorisation des immeubles collectifs et les jeunes le savent. Ils ne tremblent pas face à ce défi.

Plus encore: ils y voient, et l'IMSI leur ouvre les yeux sur cet atout historique, la possibilité de transfigurer le métier de syndic de copropriété. De gestionnaire du quotidien, plein de servitudes par définition, ce qu'étaient leurs aînés, les futurs syndics vont devenir gestionnaires du patrimoine collectif, garants de sa valorisation dans le temps. C'est autrement plus exaltant pour des femmes et des hommes qui font le choix d'études spécialisées, et pour la plupart d'entre eux longues -bac+5. Le numérique contribue bien sûr puissamment à ce bouleversement : l'époque sera bientôt révolue où le syndic passait le plus clair de ses journées à des gestes administratifs de saisie et de vérification. Même la tâche des comptables mandants évolue dans le sens d'un délestage des missions répétitives à moindre valeur ajoutée.

Bref, les métiers de la gestion de copropriété gagnent en intelligence. A la clé, même s'il faudra du temps pour cela, je suis convaincu que les honoraires s'en trouveront revalorisés et que l'estime envers les syndics en sera redressée. Les jeunes attendent aussi que l'image de ce métier change. Elle est, aujourd'hui déjà, décorrélée de la responsabilité assumée par les syndics et elle ne correspond plus au syndic qui naît, tourné vers la valorisation des immeubles.

Après avoir conseillé Pierre Méhaignerie, ministre de l'équipement et du logement, Henry Buzy-Cazaux a occupé des fonctions de responsabilité dans des entreprises immobilières de premier plan et au sein d'organisations professionnelles du secteur. Il est aujourd'hui président fondateur de l'IMSI, centre de prospective et d'enseignement.

Pour en savoir plus : la Rénovation Energétique sera l'un des thèmes majeurs abordés cette année dans notre programme de conférences.

Suivez Henry Buzy-Cazaux sur son compte twitter et retrouvez toutes les informations sur l'IMSI sur imsi-formation.com.