Parole d'expert : Jean-Yves Croguennec, Directeur Général de PIB Isolation

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Jean-Yves Croguennec, Directeur Général de PIB Isolation répond à nos questions : 

De formation ingénieur AM, après 15 ans d'expatriation dont une partie en offshore, j'ai été "surpris" par le bilan thermique des réseaux dans les bâtiments en France avec 50% de chaleur perdue. Je me suis dit qu'il devait y avoir quelque chose à faire avec des produits adéquats, certes chers, mais en petite quantité sur les zones pertinentes pour être rapidement amortis.

Ma découverte du monde du bâtiment n'est pas encore terminée. Même si les habitudes sont tenaces, la pertinence thermique et financière des Toob est aujourd'hui démontrée. Il reste à convaincre d'autres décideurs d'aller au delà des obligations légales afin de continuer à améliorer le bilan énergétique des bâtiments, ainsi que le confort des habitants, sans forcément attendre les subventions, tout en participant positivement au bilan climatique global. 

1 - En quelques mots pourriez-vous nous présenter votre activité ?

"Il s'agit de fournir des tubes pré-isolés de haute-performance pérenne pour combattre le plus efficacement possible et pour la durée de vie du bâtiment, la gabegie de chaleur provoquée par les fuites thermiques des réseaux de tubes d'ECS et de chauffage. Dans les habitations collectives ces réseaux sont en bouclage 24/24 pour le confort des habitants, maintenant l'eau à la température nominale, ce qui maximise les fuites thermiques !

De plus, les nouveaux réseaux techniques avec de l'eau à 70°C pour MTA, aggravent encore ces fuites, et nécessitent donc des isolations particulièrement réfléchies et pérennes à cette température."

     

2 - Quelles peuvent être les solutions pour diminuer les fuites thermiques ?

"Les fuites thermiques sont provoquées par conduction, convection ou rayonnement.

Pour éliminer les cheminées de convection, il faut que l'isolant soit en contact avec toute la surface des tubes. L'ajout d'isolation sur des tubes déjà posés ne peut le garantir, surtout sur des petits tubes. Pour combattre efficacement les convections, seule une opération de pré-isolation en atelier peut le garantir.

Pour combattre les conductions, il faut que tous les points de contacts sur les tubes se fassent avec un isolant rupteur de pont-thermique. Les points critiques sont les fixations et les traversées de mur et de sol, qui sont les causes de 30% des fuites thermiques. Encore une fois seule une pré-isolation des tubes sur toute leur longueur assurera l'absence de pont-thermique dans ces points qui restent par définition cachés. 

Et pour combattre le rayonnement, il faut couvrir toute la surface des tubes, chaque trou dans l'isolant, ou écrasement, sera source d'une fuite de chaleur. Nos préconisations : des résistances thermiques de 5 mK/W en zone chauffée, sinon 7 mK/W."

      

3 -  Quels sont les enjeux des fuites de chaleur ?

"Aujourd'hui en France, c'est encore 50% de la chaleur produite qui est dissipée par les fuites thermiques des réseaux: une gabegie d'énergie et d'ECS jetée (eau potable chauffée, refroidie dans les tuyaux, puis jetée pour attendre de l'eau assez chaude > 35°C, en moyenne 3 litres sont jetés par ouverture de robinet d'ECS, excusez du peu !).

Cet enjeu majeur est également une formidable source d'économies potentielles qu'il est possible d'exploiter par des investissements durables !! Pour cela il faut reprendre les calculs avec de vraies données thermiques comme nous l'avons fait avec le BET CARDONNEL Ingénierie, et oublier un peu les subventions et les points administratifs qui cachent les bilans énergétiques réels sous des filtres trop déconnectés de la simple question d'efficacité, de rentabilité et de pérennité des solutions choisies.

Et enfin il y a une question de confort, car obtenir de l'eau chaude à l'ouverture du robinet "sans attente" est très appréciable, surtout en cuisine. Avec des tubes suffisamment isolés il est possible d'avoir de l'ECS sans attente pendant 2 heures après le précédent utilisateur, et sans consommation supplémentaire."

        

4 – Quelles sont les contraintes de l’isolation de l’eau chaude sanitaire (ECS) ?

"La première contrainte est thermique: l'écart de température entre le fluide (de 35 à 80°C) et l'ambiant (de 0 à 20°C) qui donne des situations très diverses, dans l'air ou en dalle

La seconde contrainte est le temps: la "pérennité du matériau isolant à la température d'exploitation pour la durée de vie du bâtiment", car certaines bulles d'isolant mousse contiennent des gaz pouvant migrer par osmose, ou des polymères vieillissant rapidement à ces températures, entraînant une forte dégradation en quelques années. Alors une installation "bonne" en fin de chantier, risquera d'être hors spécification après 3 ou 5 ans, sans que son aspect ait changé, c'est assez insidieux.

Et bien sur le prix, car on peut trouver des isolants "conformes" aux règlements, à des prix très faibles. Les tubes + isolants ne sont pas des enjeux pour les budgets de construction, de ce fait ils sont le plus souvent négligés: 1 à 3% d'un système ECS ou chauffage, il peut facilement être quintuplé voire décuplé sans mettre en danger les investissements. Car une mauvaise petite économie sur ce budget pourra entraîner des conséquences majeures sur le confort ou sur les bilans thermiques au bout de quelques années. Il faut savoir INVESTIR sur ces éléments où passe beaucoup d'énergie, qui ont une durée de vie de plusieurs décennies dans le bâtiment, et qui sont difficiles à changer ensuite. Sinon, corriger une erreur coûtera souvent très cher !"

         

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